leo records

Un brin de conversation avec Leo Feigin, le fondateur de Leo Records, qui compte maintenant un nombre incroyable de références: de SUN RA à ART ENSEMBLE OF CHICAGO, HAN BENNINCK, IVO PERELMAN, DOMINIQUE DUVAL, WILLIAM PARKER, JOELLE LÉANDRE, RAMON LOPEZ… Les idées et l’ouverture d’esprit de LEO FEIGN vont étonner tous ceux qui s’intéressent à la musique!

traduit en francais par claire (44) !

Interview in english

INTERVIEW LEO FEIGIN

 

1. - Beaucoup de questions en une : ton âge, de quelle condition sociale proviens-tu … Peux-tu nous dire comment tu en est venu à créer Leo Records… peux-tu nous parler de ce qui se cache derrière le titre ou de la musique que tu écoutais dans ton enfance et la manière dont tu l’ecoutes maintenant…

J’ai 64 ans, je viens de l’ex pays communiste l’Union Soviétique. Le communisme est la forme d’oppression la plus brutale. Quand j’étais jeune, j’étais obligé d’écouter beaucoup de musique qui avait l’approbation officielle des communistes, parce que c’est ce genre de musique que l’on entendait partout. Dans ma jeunesse j’ai commencé à écouter la radio sur les ondes courtes (?), essentiellement la nuit, et très doucement pour que mes voisins ne puissent pas me dénoncer au KGB parce que j’écoutais des stations de radio occidentales. J’écoutais beaucoup de jazz and mon Dieu était Willice Conover qui diffusait du jazz avec “the Voice of America” (?).

Quelle a été la première sortie sur Leo Records?

En 1979, cela faisait déjà cinq ans que j’étais à l’Ouest. J’avais travaillé avec le service russe de la BBC et je diffusais et produisais des programmes; j’avais une émission de jazz, une émission hebdomadaire. En 1979, un des mes amis m’a envoyé une cassette par l’intermédiaire d’un touriste occidental. Il avait fait sortir cette cassette de l’Union Soviétique en fraude. C’était un enregistrement du concert du Ganelin Trio à Berlin Est. Quand je l’ai écouté, je n’en croyais pas mes oreilles. J’ai essayé de susciter l’intérêt de plusieurs maisons de disques dont ECM, mais personne ne voulait croire que ce trio Soviétique puisse jouer comme cela et jouer ce genre de musique. Donc finalement je me suis retrouvé avec cette cassette et j’ai compris que si je ne la sortais pas, personne ne le ferait. En fait, c’est comme ça que le label a commencé. J’ai d’abord sorti non pas le Ganelin Trio, mais deux autres enregistrements. Puisque personne n’y croyait, afin de donner quelque crédibilité au label, j’ai enregistré Amina Claudine Myers and j’ai enregistré Keshavan Maslak. Ce furent les premières sorties et la troisième fut le Ganelin Trio. Quand j’ai sorti le Ganelin Trio, bien entendu personne n’y a cru, mais au moins le label existait déjà.

Recommander des titres sur Leo Records est une tâche frustrante. Par où commencer? Je ne crois pas prendre de risques quand je déclare qu’il n’y a pas de mauvais disques sortis sur Leo. C’est facile à comprendre quand on rencontre l’homme qui est derrière le label qui porte son nom. Leo Feigin adore le jazz. La vénération absolue qu’il porte à cette forme d’art est tout-à-faite flagrante avec chaque titre sorti sur Leo. J’ai parlé à Feigin depuis chez lui de l’autre côté de l’Atlantique et je vous rapporte une conversation avec un véritable fan de jazz, telle quelle, avec ses propres mots.

2 -STNT est généralement influencé par le “rock” etc… et les gens qui vont lire cette interview vont certainement être influencés par la guitare noisy (?) etc… Comment décrirais-tu Leo pour essayer de les convaincre d’écouter des choses sur Leo?

Je ne veux pas essayer de convaincre quiconque d’écouter mes CDs. Leo Records est à découvrir, mais une fois découverts, ces CDs et cette musique deviennent une révélation.

3. En quoi cela est-il lié à ton opinion de la musique improvisée ou composée? Que signifie pour toi la “musique free”? Quel est le degré d’improvisation dans ta vie?

Je crois que le plus haut degré de réalisation de tout musicien consiste en l’alliance parfaite entre composition et improvisation, quand les deux se fondent au point qu’on ne peut les distinguer. Le “free jazz” est pour moi la plus haute forme de discipline de la part d’un musicien qui est prêt à complètement abandonner son ego pour créer quelque chose de totalement original. Plus que tout j’apprécie l’originalité dans la musique, et c’est ce que je recherche lorsque je choisis de futurs projets ou musiciens pour mon label. Comment je rencontre et choisis les musiciens? La seule réponse sensée est le “destin”, ou la “fortune” or la volonté de Dieu.

4.Que voudrais-tu dire aux Français?

Je veux leur dire qu’on leur a donné le meilleur pays au monde, et que j’adore vraiment la France. Ma fille vit dans le Sud de la France dans la région Languedoc. Je connais vraiment bien ces coins, et à un moment donné ma femme et moi voulions déménager là-bas. Nous avions même acheté un petit coin de terrain pour y bâtir la maison, mais finalement nous avons dû le vendre parce que nous avons trouvé ça très difficile de gérer le label, élever nos deux enfants et construire une maison en même temps. Nous avons donc abandonné, et nous passerons sans doute le reste de notre vie à vivre en Angleterre tout en rêvant de la France.

Best wishes.

Leo

 

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