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Festival NPAI 2007 : Parthenay (79)
18 - 21 Juillet 2007

par Valentine, Jajard et Greg

Mercredi 18 juillet 2007 :

http://www.cc-parthenay.fr/jazzengatine/Valentine et Jajard : Cette nouvelle édition du Festival NPAI a eu lieu du 18 au 21 Juillet, en plein milieu de l’été. Déjà présent l’an passé, le festival nous ayant largement plus nous voilà reparti pour NPAI et cette mystérieuse affiche rose que l’on a pu apercevoir sur Poitiers et ailleurs, ne donnant malheureusement aucune information sur sa programmation ! Sachant tout de même à quoi s’attendre grâce à de petites recherches sur Internet, nous arrivons sur Parthenay vers 13H, pour un début de festival à 14h30. Nous partons directement Saint Aubin Le Cloud au camping à la ferme où nous montons la tente rapidement à l’abri des arbres près de l’étang comme l’an passé. Malheureusement pas assez vite pour prendre le bus qui fait la navette gratuitement la journée pour emmener les festivaliers sur les lieux des concerts.


La première partie de journée se déroule au jardin des sens de Coutière. Ce festival atypique annonce d’emblée la couleur : il ne s’agira pas seulement de découverte musicale mais de l’éveil de nos cinq sens ! En effet les NPAI nous surprennent une fois de plus avec de nombreux lieux singuliers qui au cour de ses 4 jours enrichiront notre paysage sonore ! Une petite chapelle claire et fraîche, humant la pierre humide nous ouvre ses portes pour laisser place à Charlotte HUG, une suisse qui n’a pas froid aux yeux (même si ceux-ci restent fermés pendant toute sa performance !). Cette dernière n’hésite pas à faire jouer son corps (et surtout son bassin) autant que son violon alto qu’elle utilisera de différentes façons. Une relation organique s’opère entre elle et son instrument : gratouilles, reniflements et caresses sont au programme ainsi que de petits cris qui viendront se mêler aux sons du violon allant jusqu’à l’accouplement. Des archers et objets de toutes sortes, comme des trombones accrochées sur les cordes serviront à agrémenter cette performance.


Pour la suite on apprend que Yukiko NAKAMURA est malade et que donc il n’y aura pas de danse pour ce premier jour. Tant pis ! Un concert nous est offert à la place et celui ci aura alors lieu en plein air. Des bancs posés sous des arbres dans le jardin feront office de scène. Un duo improvisé assez étonnant nous sera offert : Jacques DIDONATO (clarinette) et Jean-Luc CAPPOZZO (trompette) aux allures de Laurel & Hardy, accompagnés de leurs bugles clouent littéralement les spectateurs (les bancs s’enfonçant régulièrement dans la terre fraîche !) durant un concert vif où les sons des cuivres et de la nature ne feront plus qu’un.


npaiAprès une présentation du jardin et de sa visite nous retournons dans la Chapelle pour le 3e concert de l’après-midi. Le grec Nikos VELIOTIS (voir photo) assoupit alors nos corps avec son violoncelle ronronnant quelques notes répétitives en les modulant avec habilité offrant ainsi deux morceaux drones de toute beauté. Après un premier morceau à l’ambiance lourde, un second au son fin et clair terminera de nous transporter dans un univers où léthargie et beauté sont les maîtres mots. Il nous sera difficile de se remettre de ce concert mais nous retournons tout de même direction Parthenay pour une petite balade dans le centre ville. Une fois restaurés nous partons direction la salle Diff’art où des tables ont été installées pour pouvoir manger sur place. Une ambiance conviviale est au rendez vous car artistes, techniciens et festivaliers se restaurent tous ensemble à une cantine installée sur place. On peut remarquer que le public éclectique de la journée s’est épaissit, sûrement à cause de Wolf Eyes qui joue ce soir.

Nous tombons alors sur Greg descendu de Poitiers pour la soirée …

Greg : Mon arrivée sur le site de Diff Art me fait songer que je n’y avais jamais foutu les pieds avant ce soir malgré la proximité de Poitiers. Cette salle posé là, au milieu de l’un des plus grands marché aux bestiau (vaches surtout) du pays colle pas des masses avec l’aspect bucolique du début de ce festival mais va parfaitement bien aux deux soirées que j’ai choisi d’assister à savoir ce mercredi soir Sol et Wolf Eyes….et surtout samedi soir Merzbow !!


La salle se remplit tout doucement et le public s’assoit gentiment sur les chaises qui se présentent à eux…et oui bonhomme on est dans un festival de jazz quand même !! On commence par le quatuor Blondy, Brochard, Capozzo, Hug. Entre musique contemporaine, improvisée et maigres relents de free jazz le quatuor peine à développer sa matière sonore improvisé et profondément ennuyante. Il ne se passe rien entre les musiciens et leurs instruments (piano, violon, violoncelle, trompette). Une petite mousse pour oublier. Puis Sol débute son set. Sol c’est le nouveau projet de Luc Ex et Veryan Weston (piano) qu’on a connu très inspirés dans 4 Walls, ici rejoint par l’excellent batteur Tony Buck et deux jeunes femmes Isabelle Duthoit à la clarinette/voix Hannah Marshall au violoncelle. Pour ceux qui connaissent un temps soit peu 4 Walls on n’est pas dépaysé. Et dès que Luc Ex appuie sur sa basse acoustique pour déployer son énergie punk j’avoue que le groupe décolle du sol pour un voyage musical qui marie avec pas mal de classe chanson déglinguées, free jazz, impro et noise punk !!...Les morceaux manquent parfois de liens et s’effilochent un peu dès que leur durée s’éternise mais dans l’ensemble une énergie commune traverse les musiciens et me laisse un bon souvenir…même s'il manque Phil Minton pour un supplément d’âme, ben oui ?! A suivre…

Re mousse avec les copains tandis que l’organisation enlève les chaises pour le concert de Wolf Eyes. Les jazzeux pur jus ne vont pas rester bien longtemps dans la pièce de toutes les façons…Trois sur scène Wolf Eyes débute son set par des pseudos expérimentations « dronisantes » venant des machines gérées par le chanteur, néo crooner avec sa gueule de vieux toxico ! Seattle quand tu nous tiens ! Le « bassiste » joue sur une seule corde sur ce qui n’est pas une basse électrique mais plutôt une sorte de petit didjériddo auquel on aurait attaché une grosse corde à chaque bout. Il sort des sons vrombissants et gras et assoit bien l’esprit rythmique des morceaux…enfin on dira ça. Et puis il y a le guitariste en retrait sur la scène avec sa barbe et son ordi qui lance ou pas la boîte à rythmes ?! Le début du concert est poussif et navigue entre vieux groupes indus sous influences du début des années 1980 et expérimentations psyché à la petite semaine. Certaines personnes dans le public dorénavant clairsemé ont pris des drogues et c’est tant mieux pour elles ! Elles doivent se faire moins chier que moi. En fin de set Wolf Eyes tend vers une musique plus rock qui me fait penser aux premiers Godflesh. Cela leur va mieux à vrai dire. Ils posent moins et jouent plus. Deux trois personnes toujours sous psychotropes sont à fond et sautent sur les murs de la salle de jazz (pour ce soir). Quel contraste avec le début de soirée !! En tout cas Wolf Eyes fini son concert sur un long morceau répétitif et agonisant. Rien de bien bouleversant mais sûrement le meilleur moment du set pour moi…mais cela fut long à se dessiner. Re, re, mousses avec les amis et je rentre sur Poitiers laissant Jajard et Valentine poursuivrent leurs quêtes d’aventures sonores….

 jeudi 19 juillet 2007 :

Valentine et Jajard : Après un petit déjeuner au camping nous partons au rendez vous pour prendre la navette partant de Parthenay direction La Peyratte au restaurant de La Forge à Fer où se déroule les concerts de la journée. Le lieu une fois de plus assez unique se trouve au cœur de la nature (un hameau au fin fond de la campagne) bordé par le Thouet et l’un de ses 200 barrages.

npaiVêtu d’un short et de chaussures de boxe, Tony BUCK (voir photo) avec des yeux fatigués s’installe alors sous un arbre derrière sa batterie pour un solo tout en finesse. Un concert minimaliste en accord avec la nature, où ses bras agissent autant que ses jambes avec lesquelles par intermittence, il frôle un carillon de bambou ou bien des grelots disposés au sol. Le restaurant offre ensuite la possibilité de manger sur place (seul lieu de restauration possible… !) pour la modique somme de 14 euros : un tarif préférentiel (! !) proposé aux festivaliers… où seul un modeste buffet nous attendra.

C’est sous un soleil de plomb que le contrebassiste belge Peter JACQUEMYN et le danseur brésilien Geraldo SI s’installent dans un espace ouvert sur l’herbe. Le public (installé à l’ombre !) peut alors digérer tranquillement devant leur performance qui sera à la fois ferme et voluptueuse. Fermeté pour l’imposant contrebassiste allemand (presque aussi grand et large que son instrument !) et volupté pour les gestes précis et subtils du danseur. Après cette performance intéressante nous retournons dans le jardin du restaurant ou le dernier concert de l’après-midi a lieu. Xavier CHARLES à la clarinette et Michel DONEDA au saxophone s’installent alors dos à la rivière nous demandant de s’installer autour d’eux à même le gazon. Leur façon de jouer de ces instruments est peu conventionnelle. En effet les deux artistes qui utilisent une technique de souffle particulière font sortir de leurs instruments que des sons de vent intemporels en harmonie avec le bruit de la rivière et des oiseaux. Le concert offre aux spectateurs allongés au sol une expérience anesthésiante avec la nature, supprimant à nous tous la notion de durée. Après ce concert magique où il nous sera difficile de réagir pour se lever, nous repartons direction Parthenay avec notre navette.

Le début de soirée à Diff Art permet une continuité à cette journée organique puisque le quartet de SLW (Sounds Like Water) poursuit l’exploitation des sons évoquant le flux de la nature et la recherche de l’intemporalité. Le groupe composé de Lucio CAPECE au saxophone, de Rhodri DAVIES à la harpe, de Bukhard BEINS à la batterie et de Toshimaru NAKAMURA avec son dispositif électroacoustique offrira un concert expérimental et minimaliste du plus bel effet ! Lucio CAPECE travaille avec différents objets comme un vibromasseur ou un boîtier de tour de CD ou bien encore divers balles en les intercalant sur ou dans son instrument tour à tour. Il utilisera même de l’eau qu’il déposera au fond de son saxophone. Rodhri DAVIES utilise quant à lui plusieurs objets calés entres ses cordes afin de réaliser des sons drones super fins ou des interférences grâce à sa harpe électroacoustique. La façon de jouer de Toshimaru NAKAMURA rejoint celle de DAVIES en ajoutant une ambiance lisse et fine à l’aide de légers larsens et interférences réalisés à partir d’une simple table de mixage. Le batteur (qui n’en porte que le nom !) ne joue jamais avec ses baguettes préférant un archer avec lequel il frotte ses cymbales en réalisant ainsi un son fin et perçant. Bien qu’installé derrière une batterie classique Bukhard BEINS feint royalement de jouer avec ses éléments pour finalement n’utiliser que de petits objets et appareils électroniques en tout genre. Un concert hypnotisant, donnant une cohésion à cette formation originale qui permettra au public de combiner attention et évasion.

Malheureusement, après ce très bon concert, la deuxième partie de soirée s’annonce différemment  avec BRAHMA : une formation française de 5 musiciens pouvant jouer chacun de différents instruments. Malgré la présence de leur aîné Jacques DIDONATO (que nous avons pu apprécier lors de la première journée) les 4 jeunes gaillards nous ont semblés se perdre et par la même occasion nous perdre dans un mélange de mauvais goût entre le rock 70’s le funk le jazz et la variété française … Résultat : ce concert nous fera fuir comme un bonne partie du public qui se retrouve à la buvette à l’extérieur. Fatigué de cette journée nous décidons de partir ratant ainsi les BAMPOTS qui s’étaient adjoint de Ted MILTON pour l’occasion.

vendredi 20 juillet 2007 :

Valentine et Jajard : Vendredi, le premier concert de cette 3e journée devait avoir lieu dans les bois mais pour cause d’invasion de tics ! ! celui ci est déplacé au Retail. Petit hameau, perdu dans la campagne, les concerts de l’aprèm auront lieu dans une vieille grange juste refaite. Une buvette de village tenu par les villageois (offrant des cocktails locaux alcoolisé) est installé juste à l’extérieur. Madame le Maire viendra même nous expliquer que le corps de ferme est en voie de réhabilitation et qu’elle est heureuse de nous accueillir dans cet endroit un peu abandonné… Elle laisse ainsi place aux deux artistes français, Eric VAGNON et Eric BROCHARD, dans une ambiance sombre, tamisée de bleu et fraîche. Ils nous sera difficile de rentrer dans ce concert : les deux compères jouent un free jazz, tellement improvisé que peu de ligne directrice n’en ressort, offrant ainsi un set manquant de cohésion où chacun joue dans son coin. Intéressant lorsqu’ils s’écoutaient mais loin d’être fantastique leur musique péchue et agressive nous réveilla tout de même un peu, ceux qui était nécessaire pour appréhender la suite des hostilités.

npaiEn effet le groupe CRANC formé par la famille DAVIES (Angharad et Rhodri) et de Nikos VELIOTIS avec sa musique minimaliste réussira à nous emmener dans un rêve éveillé bien loin de ces lieux. Pendant que Angharad DAVIES effleure son violon alto, Nikos et Rhodri feront de même avec leurs instruments respectifs pendant plus de 40 minutes. Ce concert électro-acoustique de toute beauté, toujours dans cette ambiance feutré, offre une musique ambiante captivante et majestueuse dont une fois de plus il nous sera difficile d’en sortir.

Malgré cela et après un petit tour dans la cour (et à la buvette) nous retournons dans la grange pour la dernière performance de cette après-midi. Composé de Diego CHAMY (Israël) et de Tamara BEN-ARTZY (Argentine), elle sera bien décevante. On aurait pu croire le contraire au moment où le danseur feint le strip-tease mais finalement son jeu du bégaiement l’empêche bien d’aller au bout de toute démarche. Idem pour la pseudo danseuse qui avec des écouteurs enfoncés dans les oreilles ne fera que suivre timidement le rythme de son walkman (allumé ?). Bref un ensemble plutôt décousu et répétitif qui aura permis à certains quelques fous rires notamment à la fin lorsque sur un PC portable Diego CHAMY nous passe le clip « d’une poupée de cire, une poupée de son » de France GALL. Après un retour sur Parthenay ou nous mangeons à la salle Diff’art (à côté de Masami AKITA) direction le marché aux bestiaux, grand bâtiment de taules qui se trouve à côté de la salle pour écouter et voir Eric CORDIER (création sonore) et Denis TRICOT (construction de sculptures éphémères ). Cette performance in situ joue avec l’espace et la perception. Ainsi la musique de type industriel se mue avec le bâtiment allant jusqu’à ne plus savoir si le son sortait des enceintes où si c’était les taules que l’ont cognées de l’extérieur ou qui tombées. Une dizaine d’enceintes (ou plus ?) sont disposées autour du public qui dans un premier temps spectateur, se retrouve au cœur de la construction. En effet des planches en forme de demi cercle (tenues aux extrémités par des ficelles), fabriquées sous nos yeux (avec perceuse à l’appui) se retrouvent dans le public, parfois même calées entre deux têtes et un œil. Cette évolution dans l’espace se conclue par un final explosif et dangereux où le performeur s’enroulera et s’emmêlera dans ses constructions comme un aliéné. Une ambiance industrielle ou la machine et l’humain essaye de cohabiter sans réussir car l’homme fini toujours par être malheureux. Cette performance intéressante et réussite laisse place à un trio free jazz sur la scène de Diff’art.

Après un début de prestation plutôt confus, Gunda GOTTSCHALK (violon), Peter JACQUEMYN (contrebasse) et Ute VOELKER (accordéon) réussissent à nous offrir un concert intéressant et même envoûtant par moment. Peter n’a pas changé sa technique de jeu depuis la veille : complexe, brute, violente. Mais celui ci est calmé par ses deux comparses féminines qui offrent une musique plus calme notamment avec Ute qui avec son instrument à vent réalise le plus souvent de jolies nappes de son. Gunda quant à elle, hésite entre caresser son violon où le violenter. Par moment elle s’improvise « chanteuse » en faisant de petits cris ou des chants dans une langue inconnue plutôt déroutant et pas toujours convaincants.

Après ce set mitigé donc, QWAT NEUM SIXX monte sur scène pour ce qui sera certainement le meilleur concert du festival ! Cette entité composés d’un quatuor d’instruments traditionnels et d’une installation du type électro acoustique va nous offrir durant ce qui aura pu paraître l’espace de deux minutes, un concert réussi du début à la fin. Une musique que l’on pourrait qualifier de magnifique, poétique, envoûtante, donnant parfois frissons, vertiges et bien encore d’autres sensations. Difficile de décrire ce concert tant il eu un effet hypnotique! Si Sophie AGNEL joue directement sur les cordes de son piano avec divers objets (baguettes, balles…), Jérôme NOETINGER lui s’amuse avec son dispositif à envoyer des sons ronronnants ou de petites interférences toujours bien placées ; Daunik LAZRO (saxophones) et Michael NICK (violon) quant à eux jouent tout en finesse apportant une ambiance planante à l’ensemble et faisant chacun à leur manière la liaison entre les 4 instruments. Ce concert aurait pu durer une heure de plus que l’on ne s’en serait pas lassé. Le retour à la réalité une fois de plus est difficile, à la sortie de la salle pas un bruit, tout le monde à l’air songeur. Le peu de personnes qui parlent le font a voie basses. Il faudra bien attendre vingt minutes avant de s’en remettre et de pouvoir décoller en voiture pour rentrer se coucher et continuer le rêve.

samedi 21 juillet 2007 :

Valentine et Jajard : Samedi 21, dernière journée de ce festival. On démonte donc la tente et nous voilà parti pour le vieux Parthenay ou se situe le premier concert. Cette journée marque également le retour aux différents lieux où les concerts de l’année précédente avaient lieu ; nous nous retrouvons ainsi à la tour de la poudrière où nous avions fait la connaissance de Lucio CAPECE pour l’ouverture du festival l’an passé. npaiUn petit escalier en colimaçon nous amènes tout en haut de la tour ou Angharad DAVIES (voir photo)assise au milieu de la pièce circulaire nous attend. Assis autour d’elle et après 5 longues minutes de silence (qui annoncera la couleur de ce concert), Angharad avec son violon alto ne fera que de le caresser par intermittente tout en faisant un tour à 360 degré pour que tout le monde puisse la voir. Ultra reposant (peut être trop ? !) ce concert entrecoupé de silences où le moindre froissement de vêtements et le simple fait de bouger couvre le son de la musique, nous aura permis de voir une artiste à la concentration exemplaire (même pas dérangé par ce début de ronflement, ou ce pet lâché dans l’indifférence total !).

Toshimaru NAKANURA (dispositif électro acoustique) et l’anglais Keith ROWE (guitare à plat et dispositif électro acoustique) nous attendent à la Maison des Cultures du Pays dans la pénombre. Chacun devant leur table avec une petite lumière pour travailler, ils envoient alors leurs ondes sonores discrètes mais efficaces et puissantes pour nous faire plonger dans une autre dimension, vers un somnambulisme à tout épreuve. Impossible de dissocier qui fait quoi tant leur technique se complète et se ressemble. Un bien long voyage une fois de plus… Sortie de la salle (a l’acoustique parfaite) nous nous retrouvons à l’extérieur où le soleil nous aveugle. A peine le temps de reprendre pied que Andy GHUL (Suisse) derrière une table lui aussi va nous faire grâce à son installation électroacoustique et sa projection vidéo un show brutal et techniquement intéressant. En effet sur sa table sont disposés différents petits objets électroniques (des circuits imprimés, un radio réveil déglingué, des fils électriques…) filmés par une caméra de façon circulaire : tout ce petit monde au paysage futuriste et métallique étant directement projeté sur le grand écran disposé à ses cotés. Les images et la musique sont modulés en direct et ensemble : un prisme par exemple devant le projecteur déforme les objets à l’écran ou un appareil va changer les couleurs, les alterner, les combiner, etc… La musique pas toujours intéressante est ainsi comblée par la projection vidéo.



Greg : Le festival s’achève par une soirée placée sous le signe du « lap top ». En effet les trois formations de ce soir voient l’apparition d’un ordinateur dans leur musique. On pourrait faire la moue mais « l’instrument lap top » est devenu au fil des années un outil idéal pour aller confronter les genres musicaux. Ici électro et impro pour le Trio Swari qui ouvre le bal dans une salle de Diff’Art bien remplie ! Assis sur ma chaise je me concentre un minimum redoutant un concert ennuyeux au possible. C’est alors que le batteur balance un rythme léger, colle des petits instruments bizarroïdes entre deux frappes, tandis que le sax ténor vrombit un coup puis s’échappe dans des souffles, des bruissements qui s’approchent au plus près d’une expression sonore météorologique tout en s’éloignant d’un free jazz frénétique. Sur ces parties organiques le gars derrière l’ordi balance des nappes froides dans lesquelles roucoules de sourdes émanations de frottements divers archi sous mixé. L’ensemble est plutôt plaisant à écouter. L’aspect redondant de l’affaire se ressent seulement qu’en au bout de d’une vingtaine minutes j’ai toujours l’impression d’entendre plus ou moins le même plan sans qu’il se dégage quelques chose de particulier. Ce qui me pousse vers le bar du mini village dans lequel règne une douce ambiance amicale même si la fatigue de quatre jours de festival semble se faire sentir chez certains spectateurs, organisateurs, bénévoles, et techniciens. Cela ne les empêchant pas d’enfiler les godets !!


Suit Texturizer en provenance de Grèce pour un set d’électro minimal couplé à un violoncelle et un dispositif électro acoustique. Derrière le duo ordi-violoncelle est projeté des vidéos abstraites, torturées et répétitives qui suivent la musique. Là encore le ton musical est froid limite glaçant mais j’ai l’impression que Texturizer maîtrise mieux leur set que le Trio Swari surtout dans l’alliance ordi, instrument à cordes. Sans être oppressant le duo joue une musique sombre, peu tactile, qui sait être versatile, brumeuse, sonique tout en faignant l’agonie pour ressusciter de plus belle quelques secondes plus tard. Joli set sans esbroufes qui ouvre la voie pour le point final de la soirée et du festival…je parle bien sûr de Merzbow.


On a déjà tout dit sur le japonais, sa musique, sa gargantuesque discographie, ses collaborations, ses concerts électro noise ultime, etc. De plus tout le monde l’a déjà vu au moins une fois en concert…sauf moi…il est donc grand temps que j’assiste à l’une de ses prestations. Une table au milieu de la scène sur laquelle sont posés deux ordinateurs portables, une mini mixette et plusieurs pédales d’effets. npai Merzbow (voir photo) assis est déjà en train de lancer ses nappes de sons sur sursaturées, rythmique ( ??) lourde et grasse qui ne fait rapidement plus qu’un avec les vagues électro noise qui me submergent rapidement après mon entrée dans la salle vidée de ses chaises. Les subs tapent sévèrement dans le bas ventre et oppressent comme il faut ! Le son est excellent. J’ai comme l’impression d’être sous une grosse chute d’eau tant l'avalanche de sons, plus épais, plus pénétrants les uns que les autres, m’écrasent le corps tout en glissant jusqu’au bout de mon dernier orteil. Sensation paradoxale mais physiquement palpable, elle en est d’autant plus saisissante. Masami AKITA ne reste pas très longtemps assis. Sitôt qu’il semble avoir construit les bases de son set il saisit une sorte de « guitare » carrée, six ou huit cordes, sur laquelle il applique une plaque de fer (micro ?) et s’amuse à tordre les cordes de son instrument. Bien évidement cet instrument est relié aux ordinateurs. Avec cette pseudo guitare le japonais malaxe encore sa matière sonore quitte à la rendre encore un peu plus dissonante et foudroyante !! Le concert dure une petite heure. J’en ressors plutôt abasourdi et sacrément marqué par la déferlante sonore que je viens de prendre dans la gueule. Difficile après ça de papoter autour de mousses comme s’il ne s’était rien passé. J’essaye…mais finalement je ne traîne pas (enfin pas autant que d’habitude) et je reprend la route de Poitiers…légèrement assommé !!


Une fois de plus le Festival NPAI a tenu ses promesses dans ce mélange des musiques indociles, improvisées, …vivantes diront certains. Malheureusement il m’est annoncé durant cette dernière soirée qu’il y a de grandes chances que la prochaine édition n’est pas lieu…Malgré cette nouvelle peu encourageante on n’oubliera pas de sitôt ce festival en milieu rural qui n’a pas choisi la facilité et qui nous a offert de sacrés concerts et rien que pour ça on lui dit merci !!



Site du Festival NPAI : http://www.cc-parthenay.fr/jazzengatine/


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