Festival
NPAI 2007 : Parthenay (79) 18 - 21 Juillet 2007
par Valentine, Jajard et Greg
Mercredi 18 juillet
2007 :
Valentine
et Jajard : Cette nouvelle édition
du Festival NPAI a
eu lieu du 18 au 21 Juillet, en plein milieu de
l’été. Déjà présent l’an
passé, le festival nous ayant largement plus nous voilà
reparti pour NPAI et cette mystérieuse affiche rose que l’on
a pu apercevoir sur Poitiers et ailleurs, ne donnant malheureusement
aucune information sur sa programmation ! Sachant tout de même
à quoi s’attendre grâce à de petites recherches
sur Internet, nous arrivons sur Parthenay vers 13H, pour un début
de festival à 14h30. Nous partons directement Saint Aubin Le
Cloud au camping à la ferme où nous montons la tente
rapidement à l’abri des arbres près de l’étang
comme l’an passé. Malheureusement pas assez vite pour
prendre le bus qui fait la navette gratuitement la journée
pour emmener les festivaliers sur les lieux des concerts.
La
première partie
de journée se déroule au jardin des sens de Coutière.
Ce festival atypique annonce d’emblée la couleur : il
ne s’agira pas seulement de découverte musicale mais de
l’éveil de nos cinq sens ! En effet les NPAI nous
surprennent une fois de plus avec de nombreux lieux singuliers qui au
cour de ses 4 jours enrichiront notre paysage sonore ! Une
petite chapelle claire et fraîche, humant la pierre humide nous
ouvre ses portes pour laisser place à Charlotte HUG, une
suisse qui n’a pas froid aux yeux (même si ceux-ci restent
fermés pendant toute sa performance !). Cette dernière
n’hésite pas à faire jouer son corps (et surtout son
bassin) autant que son violon alto qu’elle utilisera de différentes
façons. Une relation organique s’opère entre elle et
son instrument : gratouilles, reniflements et caresses sont au
programme ainsi que de petits cris qui viendront se mêler aux
sons du violon allant jusqu’à l’accouplement. Des archers
et objets de toutes sortes, comme des trombones accrochées sur
les cordes serviront à agrémenter cette performance.
Pour
la suite on apprend
que Yukiko NAKAMURA
est malade et que donc il n’y aura pas de danse
pour ce premier jour. Tant pis ! Un concert nous est offert à
la place et celui ci aura alors lieu en plein air. Des bancs posés
sous des arbres dans le jardin feront office de scène. Un duo
improvisé assez étonnant nous sera offert :
Jacques DIDONATO
(clarinette) et Jean-Luc
CAPPOZZO (trompette) aux
allures de Laurel & Hardy, accompagnés de leurs bugles
clouent littéralement les spectateurs (les bancs s’enfonçant
régulièrement dans la terre fraîche !)
durant un concert vif où les sons des cuivres et de la nature
ne feront plus qu’un.
Après une
présentation du jardin et de sa visite nous retournons dans la
Chapelle pour le 3e concert de l’après-midi. Le
grec Nikos VELIOTIS
(voir photo) assoupit alors nos corps avec son
violoncelle ronronnant quelques notes répétitives en
les modulant avec habilité offrant ainsi deux morceaux drones
de toute beauté. Après un premier morceau à
l’ambiance lourde, un second au son fin et clair terminera de nous
transporter dans un univers où léthargie et beauté
sont les maîtres mots. Il nous sera difficile de se remettre de
ce concert mais nous retournons tout de même direction
Parthenay pour une petite balade dans le centre ville. Une fois
restaurés nous partons direction la salle Diff’art où
des tables ont été installées pour pouvoir
manger sur place. Une ambiance conviviale est au rendez vous car
artistes, techniciens et festivaliers se restaurent tous ensemble à
une cantine installée sur place. On peut remarquer que le
public éclectique de la journée s’est épaissit,
sûrement à cause de Wolf
Eyes qui joue ce soir.
Nous
tombons alors sur
Greg descendu de Poitiers pour la soirée …
Greg
: Mon arrivée sur le
site de Diff Art me fait songer que je n’y avais jamais foutu les
pieds avant ce soir malgré la proximité de Poitiers.
Cette salle posé là, au milieu de l’un des plus
grands marché aux bestiau (vaches surtout) du pays colle pas
des masses avec l’aspect bucolique du début de ce festival
mais va parfaitement bien aux deux soirées que j’ai choisi
d’assister à savoir ce mercredi soir Sol et Wolf Eyes….et
surtout samedi soir Merzbow !!
La
salle se remplit tout
doucement et le public s’assoit gentiment sur les chaises qui se
présentent à eux…et oui bonhomme on est dans un
festival de jazz quand même !! On commence par le quatuor
Blondy, Brochard, Capozzo, Hug. Entre musique contemporaine,
improvisée et maigres relents de free jazz le quatuor peine à
développer sa matière sonore improvisé et
profondément ennuyante. Il ne se passe rien entre les
musiciens et leurs instruments (piano, violon, violoncelle,
trompette). Une petite mousse pour oublier. Puis Sol débute
son set. Sol c’est le nouveau projet de Luc Ex et Veryan Weston
(piano) qu’on a connu très inspirés dans 4 Walls, ici
rejoint par l’excellent batteur Tony Buck et deux jeunes femmes
Isabelle Duthoit à la clarinette/voix Hannah Marshall au
violoncelle. Pour ceux qui connaissent un temps soit peu 4 Walls on
n’est pas dépaysé. Et dès que Luc Ex appuie
sur sa basse acoustique pour déployer son énergie punk
j’avoue que le groupe décolle du sol pour un voyage musical
qui marie avec pas mal de classe chanson déglinguées,
free jazz, impro et noise punk !!...Les morceaux manquent
parfois de liens et s’effilochent un peu dès que leur durée
s’éternise mais dans l’ensemble une énergie commune
traverse les musiciens et me laisse un bon souvenir…même s'il
manque Phil Minton pour un supplément d’âme, ben
oui ?! A suivre…
Re
mousse avec les
copains tandis que l’organisation enlève les chaises pour le
concert de Wolf Eyes.
Les jazzeux pur jus ne vont pas rester bien
longtemps dans la pièce de toutes les façons…Trois
sur scène Wolf Eyes débute son set par des pseudos
expérimentations « dronisantes » venant
des machines gérées par le chanteur, néo crooner
avec sa gueule de vieux toxico ! Seattle quand tu nous
tiens !
Le « bassiste » joue sur une seule corde sur
ce
qui n’est pas une basse électrique mais plutôt une
sorte de petit didjériddo auquel on aurait attaché une
grosse corde à chaque bout. Il sort des sons vrombissants et
gras et assoit bien l’esprit rythmique des morceaux…enfin on dira
ça. Et puis il y a le guitariste en retrait sur la scène
avec sa barbe et son ordi qui lance ou pas la boîte à
rythmes ?! Le début du concert est poussif et navigue
entre vieux groupes indus sous influences du début des années
1980 et expérimentations psyché à la petite
semaine. Certaines personnes dans le public dorénavant
clairsemé ont pris des drogues et c’est tant mieux pour
elles ! Elles doivent se faire moins chier que moi. En fin de
set Wolf Eyes tend vers une musique plus rock qui me fait penser aux
premiers Godflesh. Cela leur va mieux à vrai dire. Ils posent
moins et jouent plus. Deux trois personnes toujours sous psychotropes
sont à fond et sautent sur les murs de la salle de jazz (pour
ce soir). Quel contraste avec le début de soirée !!
En tout cas Wolf Eyes fini son concert sur un long morceau répétitif
et agonisant. Rien de bien bouleversant mais sûrement le
meilleur moment du set pour moi…mais cela fut long à se
dessiner. Re, re, mousses avec les amis et je rentre sur Poitiers
laissant Jajard et Valentine poursuivrent leurs quêtes
d’aventures sonores….
jeudi
19 juillet 2007 :
Valentine
et Jajard : Après
un petit déjeuner au camping nous partons au rendez vous pour
prendre la navette partant de Parthenay direction La Peyratte au
restaurant de La Forge à Fer où se déroule les
concerts de la journée. Le lieu une fois de plus assez unique
se trouve au cœur de la nature (un hameau au fin fond de la
campagne) bordé par le Thouet et l’un de ses 200 barrages.
Vêtu
d’un short et de chaussures de boxe, Tony BUCK (voir
photo) avec
des yeux fatigués s’installe alors sous un arbre derrière
sa batterie pour un solo tout en finesse. Un concert minimaliste en
accord avec la nature, où ses bras agissent autant que ses
jambes avec lesquelles par intermittence, il frôle un carillon
de bambou ou bien des grelots disposés au sol. Le restaurant
offre ensuite la possibilité de manger sur place (seul lieu de
restauration possible… !) pour la modique somme de 14
euros :
un tarif préférentiel (! !) proposé
aux festivaliers… où seul un modeste buffet nous attendra.
C’est
sous un soleil de plomb que le contrebassiste belge Peter JACQUEMYN
et le danseur brésilien
Geraldo SI s’installent dans un
espace ouvert sur l’herbe. Le public (installé à
l’ombre !) peut alors digérer tranquillement devant
leur performance qui sera à la fois ferme et voluptueuse.
Fermeté pour l’imposant contrebassiste allemand (presque
aussi grand et large que son instrument !) et volupté
pour les gestes précis et subtils du danseur. Après
cette performance intéressante nous retournons dans le jardin
du restaurant ou le dernier concert de l’après-midi a lieu.
Xavier CHARLES
à la clarinette et Michel
DONEDA au saxophone
s’installent alors dos à la rivière nous demandant de
s’installer autour d’eux à même le gazon. Leur façon
de jouer de ces instruments est peu conventionnelle. En effet les
deux artistes qui utilisent une technique de souffle particulière
font sortir de leurs instruments que des sons de vent intemporels en
harmonie avec le bruit de la rivière et des oiseaux. Le
concert offre aux spectateurs allongés au sol une expérience
anesthésiante avec la nature, supprimant à nous tous la
notion de durée. Après ce concert magique où il
nous sera difficile de réagir pour se lever, nous repartons
direction Parthenay avec notre navette.
Le
début de soirée
à Diff Art permet une continuité à cette journée
organique puisque le quartet de SLW
(Sounds Like Water) poursuit
l’exploitation des sons évoquant le flux de la nature et la
recherche de l’intemporalité. Le groupe composé de
Lucio CAPECE
au saxophone, de Rhodri
DAVIES à la harpe, de
Bukhard BEINS
à la batterie et de Toshimaru
NAKAMURA avec son
dispositif électroacoustique offrira un concert expérimental
et minimaliste du plus bel effet ! Lucio CAPECE travaille avec
différents objets comme un vibromasseur ou un boîtier de
tour de CD ou bien encore divers balles en les intercalant sur ou
dans son instrument tour à tour. Il utilisera même de
l’eau qu’il déposera au fond de son saxophone. Rodhri
DAVIES utilise quant à lui plusieurs objets calés
entres ses cordes afin de réaliser des sons drones super fins
ou des interférences grâce à sa harpe
électroacoustique. La façon de jouer de Toshimaru
NAKAMURA rejoint celle de DAVIES en ajoutant une ambiance lisse et
fine à l’aide de légers larsens et interférences
réalisés à partir d’une simple table de
mixage. Le batteur (qui n’en porte que le nom !) ne joue
jamais avec ses baguettes préférant un archer avec
lequel il frotte ses cymbales en réalisant ainsi un son fin et
perçant. Bien qu’installé derrière une
batterie classique Bukhard BEINS feint royalement de jouer avec ses
éléments pour finalement n’utiliser que de petits
objets et appareils électroniques en tout genre. Un concert
hypnotisant, donnant une cohésion à cette formation
originale qui permettra au public de combiner attention et évasion.
Malheureusement,
après
ce très bon concert, la deuxième partie de soirée
s’annonce différemment avec BRAHMA :
une
formation française de 5 musiciens pouvant jouer chacun de
différents instruments. Malgré la présence de
leur aîné Jacques
DIDONATO (que nous avons pu apprécier
lors de la première journée) les 4 jeunes gaillards
nous ont semblés se perdre et par la même occasion nous
perdre dans un mélange de mauvais goût entre le rock
70’s le funk le jazz et la variété française …
Résultat : ce concert nous fera fuir comme un bonne
partie du public qui se retrouve à la buvette à
l’extérieur. Fatigué de cette journée nous
décidons de partir ratant ainsi les BAMPOTS
qui s’étaient
adjoint de Ted MILTON
pour l’occasion.
vendredi
20 juillet 2007 :
Valentine
et Jajard : Vendredi,
le premier
concert de cette 3e journée devait avoir lieu
dans
les bois mais pour cause d’invasion de tics ! ! celui
ci
est déplacé au Retail. Petit hameau, perdu dans la
campagne, les concerts de l’aprèm auront lieu dans une
vieille grange juste refaite. Une buvette de village tenu par les
villageois (offrant des cocktails locaux alcoolisé) est
installé juste à l’extérieur. Madame le Maire
viendra même nous expliquer que le corps de ferme est en voie
de réhabilitation et qu’elle est heureuse de nous accueillir
dans cet endroit un peu abandonné… Elle laisse ainsi place
aux deux artistes français, Eric
VAGNON et Eric
BROCHARD,
dans une ambiance sombre, tamisée de bleu et fraîche.
Ils nous sera difficile de rentrer dans ce concert : les deux
compères jouent un free jazz, tellement improvisé que
peu de ligne directrice n’en ressort, offrant ainsi un set manquant
de cohésion où chacun joue dans son coin. Intéressant
lorsqu’ils s’écoutaient mais loin d’être
fantastique leur musique péchue et agressive nous réveilla
tout de même un peu, ceux qui était nécessaire
pour appréhender la suite des hostilités.
En effet le groupe CRANC
formé par la famille DAVIES
(Angharad et Rhodri)
et de Nikos
VELIOTIS avec sa musique minimaliste réussira à nous
emmener dans un rêve éveillé bien loin de ces
lieux. Pendant que Angharad DAVIES effleure son violon alto, Nikos et
Rhodri feront de même avec leurs instruments respectifs pendant
plus de 40 minutes. Ce concert électro-acoustique de toute
beauté, toujours dans cette ambiance feutré, offre une
musique ambiante captivante et majestueuse dont une fois de plus il
nous sera difficile d’en sortir.
Malgré
cela et
après un petit tour dans la cour (et à la buvette) nous
retournons dans la grange pour la dernière performance de
cette après-midi. Composé de Diego
CHAMY (Israël)
et de Tamara BEN-ARTZY
(Argentine), elle sera bien décevante.
On aurait pu croire le contraire au moment où le danseur feint
le strip-tease mais finalement son jeu du bégaiement l’empêche
bien d’aller au bout de toute démarche. Idem pour la pseudo
danseuse qui avec des écouteurs enfoncés dans les
oreilles ne fera que suivre timidement le rythme de son walkman
(allumé ?). Bref un ensemble plutôt décousu
et répétitif qui aura permis à certains quelques
fous rires notamment à la fin lorsque sur un PC portable Diego
CHAMY nous passe le clip « d’une poupée de cire,
une poupée de son » de France GALL. Après un
retour sur Parthenay ou nous mangeons à la salle Diff’art (à
côté de Masami AKITA) direction le marché aux
bestiaux, grand bâtiment de taules qui se trouve à côté
de la salle pour écouter et voir Eric
CORDIER (création
sonore) et Denis TRICOT
(construction de sculptures éphémères ).
Cette performance in situ joue avec l’espace et la perception.
Ainsi la musique de type industriel se mue avec le bâtiment
allant jusqu’à ne plus savoir si le son sortait des
enceintes où si c’était les taules que l’ont
cognées de l’extérieur ou qui tombées. Une
dizaine d’enceintes (ou plus ?) sont disposées autour
du public qui dans un premier temps spectateur, se retrouve au cœur
de la construction. En effet des planches en forme de demi cercle
(tenues aux extrémités par des ficelles), fabriquées
sous nos yeux (avec perceuse à l’appui) se retrouvent dans
le public, parfois même calées entre deux têtes et
un œil. Cette évolution dans l’espace se conclue par un
final explosif et dangereux où le performeur s’enroulera et
s’emmêlera dans ses constructions comme un aliéné.
Une ambiance industrielle ou la machine et l’humain essaye de
cohabiter sans réussir car l’homme fini toujours par être
malheureux. Cette performance intéressante et réussite
laisse place à un trio free jazz sur la scène de
Diff’art.
Après
un début
de prestation plutôt confus, Gunda
GOTTSCHALK (violon), Peter
JACQUEMYN (contrebasse) et Ute VOELKER
(accordéon) réussissent
à nous offrir un concert intéressant et même
envoûtant par moment. Peter n’a pas changé sa
technique de jeu depuis la veille : complexe, brute, violente.
Mais celui ci est calmé par ses deux comparses féminines
qui offrent une musique plus calme notamment avec Ute qui avec son
instrument à vent réalise le plus souvent de jolies
nappes de son. Gunda quant à elle, hésite entre
caresser son violon où le violenter. Par moment elle
s’improvise « chanteuse » en faisant de
petits cris ou des chants dans une langue inconnue plutôt
déroutant et pas toujours convaincants.
Après
ce set
mitigé donc, QWAT NEUM
SIXX monte sur scène pour ce qui
sera certainement le meilleur concert du festival ! Cette
entité
composés d’un quatuor d’instruments traditionnels et d’une
installation du type électro acoustique va nous offrir durant
ce qui aura pu paraître l’espace de deux minutes, un concert
réussi du début à la fin. Une musique que
l’on pourrait qualifier de magnifique, poétique, envoûtante,
donnant parfois frissons, vertiges et bien encore d’autres
sensations. Difficile de décrire ce concert tant il eu un
effet hypnotique! Si Sophie
AGNEL joue directement sur les cordes de
son piano avec divers objets (baguettes, balles…), Jérôme
NOETINGER lui s’amuse avec son dispositif à envoyer des
sons
ronronnants ou de petites interférences toujours bien
placées ; Daunik
LAZRO (saxophones) et Michael
NICK
(violon) quant à eux jouent tout en finesse apportant une
ambiance planante à l’ensemble et faisant chacun à
leur manière la liaison entre les 4 instruments. Ce concert
aurait pu durer une heure de plus que l’on ne s’en serait pas
lassé. Le retour à la réalité une fois de
plus est difficile, à la sortie de la salle pas un bruit, tout
le monde à l’air songeur. Le peu de personnes qui parlent le
font a voie basses. Il faudra bien attendre vingt minutes avant de
s’en remettre et de pouvoir décoller en voiture pour
rentrer se coucher et continuer le rêve.
samedi 21 juillet 2007
:
Valentine
et Jajard : Samedi
21, dernière
journée de ce festival. On démonte donc la tente et
nous voilà parti pour le vieux Parthenay ou se situe le
premier concert. Cette journée marque également le
retour aux différents lieux où les concerts de l’année
précédente avaient lieu ; nous nous retrouvons
ainsi à la tour de la poudrière où nous avions
fait la connaissance de Lucio
CAPECE pour l’ouverture du festival
l’an passé.
Un petit escalier en colimaçon nous
amènes tout en haut de la tour ou Angharad
DAVIES (voir photo)assise au
milieu de la pièce circulaire nous attend. Assis autour d’elle
et après 5 longues minutes de silence (qui annoncera la
couleur de ce concert), Angharad avec son violon alto ne fera que de
le caresser par intermittente tout en faisant un tour à 360
degré pour que tout le monde puisse la voir. Ultra reposant (peut être
trop ? !) ce concert entrecoupé de
silences où le moindre froissement de vêtements et le
simple fait de bouger couvre le son de la musique, nous aura permis
de voir une artiste à la concentration exemplaire (même
pas dérangé par ce début de ronflement, ou ce
pet lâché dans l’indifférence total !).
Toshimaru NAKANURA
(dispositif électro acoustique) et l’anglais Keith ROWE
(guitare à plat et dispositif électro acoustique) nous
attendent à la Maison des Cultures du Pays dans la pénombre.
Chacun devant leur table avec une petite lumière pour
travailler, ils envoient alors leurs ondes sonores discrètes
mais efficaces et puissantes pour nous faire plonger dans une autre
dimension, vers un somnambulisme à tout épreuve.
Impossible de dissocier qui fait quoi tant leur technique se complète
et se ressemble. Un bien long voyage une fois de plus… Sortie de la
salle (a l’acoustique parfaite) nous nous retrouvons à
l’extérieur où le soleil nous aveugle. A peine le
temps de reprendre pied que Andy
GHUL (Suisse) derrière une
table lui aussi va nous faire grâce à son installation
électroacoustique et sa projection vidéo un show brutal
et techniquement intéressant. En effet sur sa table sont
disposés différents petits objets électroniques
(des circuits imprimés, un radio réveil déglingué,
des fils électriques…) filmés par une caméra
de façon circulaire : tout ce petit monde au paysage
futuriste et métallique étant directement projeté
sur le grand écran disposé à ses cotés.
Les images et la musique sont modulés en direct et ensemble :
un prisme par exemple devant le projecteur déforme les objets
à l’écran ou un appareil va changer les couleurs, les
alterner, les combiner, etc… La musique pas toujours intéressante
est ainsi comblée par la projection vidéo.
Greg : Le festival s’achève
par une soirée placée sous le signe du « lap
top ». En effet les trois formations de ce soir voient
l’apparition d’un ordinateur dans leur musique. On pourrait faire
la moue mais « l’instrument lap top » est
devenu au fil des années un outil idéal pour aller
confronter les genres musicaux. Ici électro et impro pour le
Trio Swari qui ouvre le bal dans une salle de Diff’Art bien
remplie ! Assis sur ma chaise je me concentre un minimum
redoutant un concert ennuyeux au possible. C’est alors que le
batteur balance un rythme léger, colle des petits instruments
bizarroïdes entre deux frappes, tandis que le sax ténor
vrombit un coup puis s’échappe dans des souffles, des
bruissements qui s’approchent au plus près d’une
expression sonore météorologique tout en s’éloignant
d’un free jazz frénétique. Sur ces parties organiques
le gars derrière l’ordi balance des nappes froides dans
lesquelles roucoules de sourdes émanations de frottements
divers archi sous mixé. L’ensemble est plutôt plaisant
à écouter. L’aspect redondant de l’affaire se
ressent seulement qu’en au bout de d’une vingtaine minutes j’ai
toujours l’impression d’entendre plus ou moins le même plan
sans qu’il se dégage quelques chose de particulier. Ce qui
me pousse vers le bar du mini village dans lequel règne une
douce ambiance amicale même si la fatigue de quatre jours de
festival semble se faire sentir chez certains spectateurs,
organisateurs, bénévoles, et techniciens. Cela ne les
empêchant pas d’enfiler les godets !!
Suit Texturizer en
provenance de Grèce pour un set d’électro minimal
couplé à un violoncelle et un dispositif électro
acoustique. Derrière le duo ordi-violoncelle est projeté
des vidéos abstraites, torturées et répétitives
qui suivent la musique. Là encore le ton musical est froid
limite glaçant mais j’ai l’impression que Texturizer
maîtrise mieux leur set que le Trio Swari surtout dans
l’alliance ordi, instrument à cordes. Sans être
oppressant le duo joue une musique sombre, peu tactile, qui sait être
versatile, brumeuse, sonique tout en faignant l’agonie pour
ressusciter de plus belle quelques secondes plus tard. Joli set sans
esbroufes qui ouvre la voie pour le point final de la soirée
et du festival…je parle bien sûr de Merzbow.
On a déjà
tout dit sur le japonais, sa musique, sa gargantuesque discographie,
ses collaborations, ses concerts électro noise ultime, etc. De
plus tout le monde l’a déjà vu au moins une fois en
concert…sauf moi…il est donc grand temps que j’assiste à
l’une de ses prestations. Une table au milieu de la scène
sur laquelle sont posés deux ordinateurs portables, une mini
mixette et plusieurs pédales d’effets.
Merzbow (voir photo)
assis est déjà en train de lancer ses nappes de sons
sur sursaturées, rythmique ( ??) lourde et grasse qui ne
fait rapidement plus qu’un avec les vagues électro noise qui
me submergent rapidement après mon entrée dans la salle
vidée de ses chaises. Les subs tapent sévèrement
dans le bas ventre et oppressent comme il faut ! Le son est
excellent. J’ai comme l’impression d’être sous une grosse
chute d’eau tant l'avalanche de sons, plus épais, plus
pénétrants les uns que les autres, m’écrasent
le corps tout en glissant jusqu’au bout de mon dernier orteil.
Sensation paradoxale mais physiquement palpable, elle en est d’autant
plus saisissante. Masami AKITA ne reste pas très longtemps
assis. Sitôt qu’il semble avoir construit les bases de son
set il saisit une sorte de « guitare » carrée,
six ou huit cordes, sur laquelle il applique une plaque de fer
(micro ?) et s’amuse à tordre les cordes de son
instrument. Bien évidement cet instrument est relié aux
ordinateurs. Avec cette pseudo guitare le japonais malaxe encore sa
matière sonore quitte à la rendre encore un peu plus
dissonante et foudroyante !! Le concert dure une petite heure.
J’en ressors plutôt abasourdi et sacrément marqué
par la déferlante sonore que je viens de prendre dans la
gueule. Difficile après ça de papoter autour de mousses
comme s’il ne s’était rien passé. J’essaye…mais
finalement je ne traîne pas (enfin pas autant que d’habitude)
et je reprend la route de Poitiers…légèrement
assommé !!
Une fois de plus le
Festival NPAI a tenu ses promesses dans ce mélange des
musiques indociles, improvisées, …vivantes diront certains.
Malheureusement il m’est annoncé durant cette dernière
soirée qu’il y a de grandes chances que la prochaine édition
n’est pas lieu…Malgré cette nouvelle peu encourageante on
n’oubliera pas de sitôt ce festival en milieu rural qui n’a
pas choisi la facilité et qui nous a offert de sacrés
concerts et rien que pour ça on lui dit merci !!
Site du Festival
NPAI : http://www.cc-parthenay.fr/jazzengatine/
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