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THE
NIHILIST SPASM BAND, les parrains du Noise.
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Une superbe interview des vieux NIHILIST SPASM BAND initialement parue dans l'énorme revue "REVUE ET CORRIGEE" (No 56) ! Un grand merci à JEROME NOETINGER qui nous a permis de la publier dans STNT. Propos recueillis par Rui Eduardo Paes, avril 2003.Traduction:Pascal Rivoire. Ou
comment foutre une raclée à tes p'tits morveux d'enfants
qui font du pauv' rock à la con !... |
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R&C : Revenons sur les instruments si vous le voulez bien. Vous avez construit vos propres instruments, mais à y regarder de plus prês : le Pratt-o-various est un violon électrique, le kazoo, bien que géant et électrifié reste un kazoo, la guitare une guitare, la basse, même équipée de cordes de piano, une basse. Pourquoi ne pas avoir créé de nouveaux instruments ? Art Pratten : nous voulons jouer de la musique, et non pas réinventer le monde. Au début, nous avons joué avec ce qui était à notre disposition et qui était facile à employer. Par la suite, nous avons modifié les instruments pour les adapter à nos possibilités et pour pouvoir augmenter le volume. Je suis passé à des instruments "en forme de violon" à 2, 3, 4, 5, et enfin 6 cordes parce qu'ils se sont révélés suffisamment compacts pour être employés et parce que mon pêre jouait du violon, une blague de famille, quoi. Je joue aussi d'une pipe à eau de 5cm reliée à de l'électronique que j'ai appeléeÖ "pipe à eau". Murray Favro : Chaque kazoo a son propre son, chaque guitare a son propre son, qu'elle soit faite à la main ou qu'elle sorte d'une usine d'ailleurs. Je fais mes guitares et mes propres micros par curiosité. Je ne garde mes guitares qu'un an environ, il y a toujours preneur pour elles aux environs de 20 000 dollars américains piêce. Mais je n'ai jamais pu fabriquer une guitare qui ait autant de dispositions pour le bruit que celle que j'ai depuis trente ans, et qui est une vieille guitare de série bon marché.
John Boyle : En un sens, nous sommes la parodie d'un groupe conventionnel. Il faut garder en tête une de nos particularité : nous vivons à London, Ontario, Canada, une ex-colonie anglaise puis française. Notre culture d'origine a été balayée par la tornade culturelle et économique des US, et il était naturel que des personnes créatives choisissent de tourner cette culture imposée en dérision. Nos instruments sont des parodies d'instruments conventionnels. Nous voulons saccager les instruments et sommes fascinés par la musique saccagée qui en résulte, notre musique est une nouvelle forme. Nous sommes en dehors de la compétition, nous sommes à jamais les meilleurs et les pires de notre catégorie. R&C : Vous présentez comme un avantage de ne pas avoir de formation musicale. Votre groupe montre donc que l'on peut faire de la musique sans convention de départ, ce qui est un postulat important. Vous admettez d'autre part que ce que vous faites n'est pas de la musique. Est-ce une capitulation, aprês avoir prouvé que la musique n'a pas besoin d'Académie pour être vivante et en bonne santé ? Murray Favro : La musique peut bien employer toutes les conventions du monde, je m'en fiche, je n'en ai besoin d'aucune. Quand notre groupe joue, je fais aussi partie de l'auditoire. Comme lui, je veux entendre des choses que je n'ai jamais entendues avant. Est-ce que l'auditoire doit avoir des diplômes en musicologie pour être autorisé à assister à un concert ? Non ! Art Pratten : Nous n'avons jamais publié de manifeste, de plan ou de philosophie. Notre seule raison d'être est de jouer, notre seul plan à long terme est de jouer en public chaque lundi soir. Alors nos rapports avec le monde de la musique, nous envers lui et réciproquement, tout ceci est vide de sens et d'ailleurs en dehors de notre contrôle. N'y voyez pas d'arrogance. Si jamais nous avons un tant soit peu d'influence, j'aimerais que ce soit sous la forme suivante : quelqu'un nous écoute, puis "hé, mais c'est bien ça, et si eux y arrivent, pourquoi pas moi ?". Voila. John Boyle : Nous n'avons jamais cherché à faire de la musique conventionnelle, donc à mon sens, ce n'est pas se soumettre que de dire que nous n'en faisons pas partie. Je dirai même plus : c'est une preuve de succês. Mon dictionnaire (canadien) dit que la musique est l'art d'organiser les sons, et propose aussi comme entrée : la musique est une succession de sons agréables. Nos sons ne sont jamais organisés, ils ne sont pas agréables, donc par définition, ce n'est pas de la musique. Sauf que Dans notre tribu de huit puis sept puis six individus qui ont improvisé ensemble pendant trente-sept ans, nous, les membres du groupe, plus une petite cohorte d'amateurs avons développé un go°t pour nos successions de sons, que nous trouvons agréables... La musique est bien dans l'oreille de l'auditeur, non ? Une des autres composantes de la musique est sa reproductibilité, et c'est vrai que nous ne codifions pas sur des partitions ce que nous jouons. Alors je propose ici à quiconque assez téméraire pour s'y intéresser, de créer une partition à partir d'un de nos morceaux, de rassembler un sextet équipé d'une copie de nos instruments et de jouer ledit morceau le plus prês possible de notre version à nous. Et si ce quelqu'un y arrive, alors nous serons officiellement devenus des musiciens.
R&C : Nihilist Spasm Group n'est pas un groupe professionnel, vous avez tous d'autres activités rémunérées dont vous vivez. Vos disques, à une ou deux exceptions prês, sont des enregistrements de vos concerts. Vous ne faites pas de pub sur vous, vous n'avez pas de contrat suivi avec un label. Vous êtes à part. Est-elle intentionnelle, cette position particuliêre dans le monde de la musique ? Est-ce politique? Ou bien depuis le départ, le Nihilist Spasm Band est-il uniquement là pour votre plaisir ? Et si tel est le cas, votre réussite est d'autant plus surprenante ! Murray Favro : Nous aimons notre groupe, et il tient toujours aprês tant d'années. Nous sommes certainement plus sérieux que bien d'autres groupes. Art Pratten : Tu sais, faire de la musique " pour le plaisir " c'est un boulot sérieux et il faut y travailler. Le groupe est important pour nous, il est une partie de notre vie, nous croyons en ce que nous faisons et nous le faisons le mieux que nous le pouvons. Nous nous faisons payer pour nous produire et en retour nous nous conduisons en professionnels. Nous n'avons jamais eu d'illusion sur notre potentiel commercial, et où en serions-nous si nous avions choisi d'évoluer en fonction des attentes d'un public ? Non, ce serait suicidaire. John Boyle : Tu sais, quand nous nous sommes rencontrés, nous avions tous déjà dépassé les vingt ans, et nous finissions nos études ou commencions à travailler. Il y a le Nihilist Spasm Band (musique) et aussi le Nihilist Party of Canada (parti politique), le Nihilist Lacrosse Team (athlétisme), le pique-nique annuel Nihilist (distraction, déjà trente-sept éditions), le banquet annuel Nihilist Banquet (une institution, six éditions), la galerie coopérative 20/20 Gallery, la galerie coopérative Region Gallery, la Forest City Gallery, gérée par les artistes, la coopérative des réalisateurs de films de London (the London Filmmakers' Co-operative) (domaine culturel), le magazine Twenty Cents (littérature), et d'autres initiatives basées à London, Ontario, et dans ses environs. Chaque élément a été créé à fin parodique ou sérieuse, l'ensemble dessinant une société parallêle qui stimule la vie créative et intellectuelle, qui la rend attrayante et productive, dans la société du Sud-Ouest de l'Ontario au Canada, qui est en majorité conservatrice, abrutissante, et anti-productive au possible. Tout ceci a été fait pour le plaisir et pour sauver notre peau. C'est du plaisir. Nous ne nous attendions pas à être payé en plus pour tout ce plaisir. Si en plus tout ceci intéresse d'autres personnes en dehors de nousÖ au reste du monde d'en décider. R&C : Saviez-vous lors de vos débuts que d'autres groupes radicaux existaient en Europe ou au Japon : AMM, Scratch Orchestra, Spontaneous Music Ensemble, New Phonic Art, Nuova Consonanza, Musica Elettronica Viva, Taj Mahal Travellers, dans une veine similaire : improvisation et bruit ? Murray Favro : Franchement non. Art Pratten : L'ignorance est un don du Ciel : heureusement que nous n'en avons rien su et jamais eu de référence commune, car le groupe aurait implosé. On se chamaille en permanence sur tous les sujets et on s'entend que quand on joue. On ne se voit pas ou peu en dehors du groupe, nous ne sommes pas toujours les uns chez les autres. John Boyle : Greg Curnoe connaissait peut-être ces groupes. Je ne les connaissais pas alors ni ne les connait aujourd'hui et nous n'avons jamais discuté à propos de ces groupes lors de nos concerts du lundi soir. Il faudrait que je m'y mette, je vais chercher leurs disques. Je me répête, mais nous n'avons pas envie d'être assimilé à un mouvement, et encore moins d'en être à la tête. Dans le groupe, nous partageons la croyance d'être le seul groupe au monde à faire ce que l'on fait. Enfin, disons que la majorité d'entre nous le croit. R&C : Thurston Moore, Jojo Hiroshige ou Alan Licht, en clamant haut et fort leur admiration, ont beaucoup fait pour votre ìgloire" récente. Vous avez joué avec eux, qui viennent du rock, et aussi avec John Corbett et Joe McPhee, qui sont eux catalogués post free-jazz. Qu'est-ce donc que l'improvisation pour vous ? Une technique, une méthode, une esthétique ? Art Pratten : L'improvisation free pour moi c'est appels et réponses: un dialogue de bruits. C'est donc ouvert à tous ceux qui veulent s'exprimer avec un instrument à bruits. Un saxophone peut faire des bruits qu'on ne trouve pas dans les interprétations habituelles de "Moonlight in Vermont" (ndt : morceau três populaire d'Amérique du Nord). John Boyle : Pour nous, l'improvisation free était la seule option possible, vu nos limitations. Nous savions tous, même superficiellement, qu'il existait une improvisation en jazz, en musique baroque et en musique classique indienne, ça a facilité nos débuts, nous avons improvisé sans trop nous gratter la tête avant. Mais curieusement, la plupart des improvisateurs jazz avec qui nous avons joué dans les années 60 à 80 ne se faisaient pas à notre maniêre de jouer. Nous n'avons vu percer un intérêt chez les jeunes qu'à partir de la fin des années 80, et ces jeunes étaient effectivement affiliés au rock. Jusque là, il n'y avait que peu de musiciens rock pour s'intéresser à notre musique, et quand nous avons joué avec Lighthouse, qui est un groupe de rock célêbre au Canada, il y a eu des bagarres dans le public. Joe McPhee est un improvisateur brillant, une belle intelligence ouverte et créative, mais le monde du jazz a réagi brutalement à notre collaboration sur le CD "No Borders" (Non Musica Rex), l'opinion commune était que Joe avait dévoyé son art en jouant avec nous. R&C : Et à propos du Noise ? J'ai lu quelque part que vous vous différenciez de la Noise, qui pour vous est jouée par de vrais musiciens en rupture avec les conventions. Murray Favro : Le bruit se définit comme un son sans qualité. Il se transforme en musique Noise quand on le porte vers quelque chose de neuf. Art Pratten : On est passé à travers tant d'étiquettes, le Noise n'est pas la pire. Il y a toujours de la noise music. Je suis s°r que chaque fois que quelque chose de nouveau est apparu dans la musique à travers les siêcles, il y avait au moins un critique autoproclamé pour se dresser et déclarer : " ce n'est pas de la musique, c'est du bruit ". John Boyle : Nous ne connaissions pas le terme Noise avant d'être contactés par le label Alchemy Records, de Osaka, et je le trouve trop limitatif pour ce que nous faisons. Il y a plus d'écoute et d'interactions entre les membres du Nihilist Spasm Band qu'entre les musiciens de groupes de Noise. Nous jouons fort, mais ce n'est pas un objectif en soi. Si je joue fort, c'est pour me faire entendre par-dessus le boucan généré par le zêbre qui joue à côté de moi. On peut aboutir à la cacophonie, c'est vrai, mais on n'est jamais plus heureux que quand on s'entend tous, et qu'une nouvelle texture et une nouvelle énergie jaillissent de cet ensemble. Autre point : les textes sont importants pour nous, ils doivent être compréhensibles et cohérents, et c'est incompatible avec le Noise. Nous nous intéressons aux idées comme au spectre complet de l'audible pour l'homme. En fait, nous sommes un véritable groupe de musique folk : c'est difficile à croire si on nous compare aux chanteurs avec guitare acoustique des festivals folks US, mais nous sommes bien un groupe d'indigênes qui avons développé une musique du terroir, adaptée à notre condition. Et un jour, aprês notre mort, il se peut que des copains et des disciples jouent notre musique dans de vrais festivals folks.
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