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Interview DAITRO Par Greg en Juin 2008

Déjà plusieurs années que je m'étais promis de faire cette interview de Daïtro. Je l'avais remise à plus tard et toujours plus tard. Puis le fait de les voir enfin en concert durant l'été 2007 et d'échanger quelques mots avec eux durant une longue nuit m'a permis de me re-motiver. Voilà donc le long résultat de quelques échanges de courriels. Je tiens encore à remercier le groupe pour sa patience vis-à-vis de ma lenteur indestructible. Greg 08/07/2008

interview daitro

Dans un premier temps je voudrais revenir avec vous sur votre rencontre avant et lors de constitution de Daïtro. Pour quelles raisons à Lyon avez vous monté Daïtro ? Qu‚est ce qui vous a amené à monter pareil groupe à ce moment de vos vies ? Avec un peu de recul comment voyez vous cette période de rencontres ?

J : salut Greg ! Concernant les origines, avec Sam et Benoît, ça fait 10 ans qu‚on joue ensemble alors ça remonte à loin et pour l‚anecdote Sam, j‚étais à la maternelle avec lui et Benoît on l‚a connu au collège, en 5e ! Avec Sam, on voulait faire un groupe avant même de savoir jouer quelconque instrument, on écoutait Nirvana, Sonic Youth et Smashing Pumpkins à fond à l‚époque et on a téléphoné à Benoît pour savoir si ça le bottait de monter un groupe avec nous parce qu‚on se faisait un peu chier les week-ends dans le beaujolais. C‚est parti de ça, d‚ennui et d‚envie de faire comme les groupes qu‚on aimait, d‚avoir le nôtre juste pour le plaisir de faire un truc ensemble, entre potes La semaine on était à Lyon et le week-end on remontait chez nos parents pour répéter On a commencé à aller à des concerts plus confidentiels vers 99, on allait au Pez Ner, à l‚Académie de la Kontr-Kultur, on a dû s‚appeler Daïtro en 2000 je crois. Et puis on a rencontré les gens de Simfela au Pez Ner qui avaient le même parcours que nous, puis après il y a eu Mihai Edrisch et enfin Alchimia, qui ont synthétisé les envies et la camaraderie entre les 3 groupess Benoît a connu Aurel à un concert de Mihai à Besançon. A l‚époque, je commençais à en avoir marre de toujours chanter et les autres étaient bien chauds pour avoir un chanteur à part entière Comme Benoît et Aurel avaient vachement bien discuté et qu‚Aurel venait juste de quitter Gantz, alors ça tombait bien, on lui a proposé C‚était étrange d‚avoir quelqu‚un dans notre groupe que l‚on ne connaissait pas vraiment mais c‚était hyper chouette à la fois de rencontrer quelqu‚un par ce biais ! Sinon, Gwen on le connaissait depuis longtemps grâce à Simfela quand notre ancien bassiste est parti, Gwen s‚est proposé de le remplacer pour une tournée et finalement il est resté ! Avec Daïtro, on est parti de rien, on avait aucune culture musicale quand on a commencé le groupe dans notre Beaujolais natal, on a connu le punk/hardcore après l‚avoir commencé et on a fait toutes les erreurs du début et connu toutes les joies des premières fois avec lui aussi. Du coup il y a forcément des trucs que je regrette maintenant et des trucs que je trouve magiques et puis c‚est facile de suivre nos évolutions à travers nos disques, qu‚elles soient musicales ou plus globales parce que le hardcore nous a aussi vachement fait évoluer en tant que personne aussi ! Quand je réécoute le 7inch ou le MCD, cette période me parait tellement lointaine qu‚on aurait pu changer de nom

Faire un groupe de musique avec les copains est finalement un non événement dans les sociétés occidentales. Quelles étaient vos inspirations personnelles et collectives lors des débuts du groupe ? Et quel petit bilan pouvez-vous en faire aujourd'hui ?



J : quand on a commencé avec Sam et Benoît, on n‚avait pas beaucoup accès à la musique alternative, on écoutait les gros groupes et on ne pensait même pas à faire de la musique pour un jour faire des tournées, des disques, on voulait juste faire quelque chose d‚unique et de personnel entre nous et il n‚y avait pas internet, on achetait tous nos disques à la Fnac et j‚en achetais un par mois parce que ma mère me donnait pas beaucoup d‚argent de poche Ce qui nous a vraiment formé et éduqué, ce sont les concerts à Lyon, avoir accès à un paquet de groupes intéressants et alternatifs de manière permanente et très accessible et en plus dans des cadres spéciaux Les gens qu‚on y a rencontrés aussi ont bien sûr été décisifs, ils nous ont ouverts sur plein d‚autres groupes qui ont changé nos vies et nos manières de faire Sans déconner Greg, tes questions me ramènent beaucoup d‚années en arrière et je m‚aperçois de tous les changements et des évolutions, c‚est dingue Je ne me considère pas encore vieux mais quand même c‚était il y a longtemps tout ça ! C‚est pas évident de faire un bilan mais tout de même je dois t‚avouer que je retire beaucoup de satisfaction de mener un beau projet commun avec la même bande de copains depuis des années sans que jamais nos amitiés aient été mises à malle.Ca les a vachement renforcées même et les relations entre nous ont une couleur particulière car définitivement, la musique est ce qui nous rassemble, mais pas ce qui nous unit

Samuel : Non évènement, oui et non. En fait, pour avoir rencontré pas mal de groupes en tournées ou lors de divers concerts, je me rend compte à quel point nous somme "privilégiés" de pouvoir mener et continuer ce projet qu'est Daïtro. Il y a tellement de groupes dont les membres se sont rencontrés seulement par affinités musicales, que moi je me dis qu'on a vraiment de la chance d'arriver à continuer et à faire ce qu'on fait avec notre premier groupe, de potes d'enfance. Comme dit Ju, on se connaît depuis des années et des années, bien avant le groupe, et je pense qu'après Daïtro on continuera à se voir de la même manière. Ca va faire 10 ans qu'on joue ensemble avec Ju et Louib, on a appris à jouer ensemble, on a découvert comme des gamins sortant de leur campagne le milieu du punk rock et ses idées qui s'approchait de notre vision des choses. On a appris beaucoup avec ce groupe et on continue de le faire. Au tout début, on était tellement loin de ce qu'on fait aujourd'hui... on répétais, et simplement le fait d'envisager faire un concert était quelque chose qui paraissait très compliqué (on était à la campagne, dans le Beaujolais !!!). Je me rappelle parfaitement notre premier concert dans "l'underground" Lyonnais... c'était avec Forstella Ford, et notre concert était super nase. Par contre je sais que ça m'avait vraiment fait planer et poser beaucoup de questions de voir jouer ce groupe ricain, super carré, à l'énergie incroyable, dans un rad pourris des pentes de la Croix Rousse, devant 40 personnes ! C'est le genre de déclic qui te motive à te prendre en main et à continuer.

Lyon a une longue histoire avec plusieurs groupes provenant du réseau punk hardcore élargi. Quoi qu'on en dise vous en faites parti depuis un bout de temps à travers Daïtro ou par vos activités tournant autour du groupe (label, orga de concerts...). Comment vous situez vous dans cette histoire et ce qui s'y passe actuellement ?

J : Je trouve que Lyon a une contre-culture musicale et militante hyper intéressante et hormis poser des questions à ceux ou celles qui ont 10 ans de plus que toi, il n‚y a pas vraiment de transmission de cette histoire collective, c‚est vraiment dommage. Et c‚est d‚ailleurs marrant que tu utilises le mot Œhistoire‚ parce qu‚il n‚y a rien de matériel qui retrace tout ça. C‚est un de nos prochains projets d‚ailleurs. On pense se plonger dans les archives, retrouver des gens et récolter de la matière pour tenter de faire un truc, on décidera de la forme plus tard. C‚est clair que l‚implication dans des trucs locaux nous a toujours tenue à c?ur parce que c‚est de là qu‚on vient aussi et on a une vraie attache au ‚local‚, on est arrivé dans la scène hardcore quand le terme Œscène locale‚ avait encore du sens et puis nous on ne pensait simplement pas à faire autrement Maintenant, il y a beaucoup plus de concerts à Lyon, dans chaque style il y a des gens très pointus et la ville est suffisamment petite pour que ces gens se connaissent. Le fait qu‚il y ait beaucoup de choses fragmente aussi beaucoup, créée des cliques et c‚est un peu dommage parfois mais bon Sinon, à propos d‚où je me situerai ? Peut être entre High Blend et la scène un peu plus arty de SK... Les Silly Hornets, les squats des pentes de la Croix Rousse, j‚étais trop jeune malheureusement Maintenant j‚ai plus d‚affinités avec les héritages de la première mais comme la seconde a été un vecteur pour qu‚on commence à faire des choses avec Alchimia (le label, l‚orga) j‚en garde quand même une attache plus affective Actuellement sinon je pense que c‚est vraiment excitant beaucoup de gens ont plein de bonnes idées, qui aboutissent généralement parce qu‚on est une bonne bande de comploteurs et de sauvageons. On ne fait pas toujours tout ensemble, c‚est un peu un collectif informel mais si parfois les affinités divergent, les convictions sont les mêmes, c‚est pour ça que c‚est hyper intéressant, excitant et vraiment stimulant

Samuel : Disons, que ce que tu appelle le réseau punk/hardcore élargi, se traduirai par un ensemble de personnes, venant d'horizons militants ou créatifs différents, ayant une volonté de faire exister leur truc indépendamment d'un système pré-établi. Vu comme ça, c'est vrai que j'ai l'impression que Lyon a toujours eu des activistes dans pas mal de domaines, que ce soit dans le milieu du punk, des trucs d'artistes, ou de choses uniquement basés sur du militantisme. Mais c'est vrai que de cette histoire, il ne reste pas grand chose aujourd'hui. Je sais que ce travail d'archivage me botterai bien. A la fois pour enfin laisser des traces de tout ça, mais également parce que je suis curieux de savoir comment étaient les lieux, les courants, les groupes, les gens,... avant nous. Je n‚ai pas la sensation de bien connaître tout ça, et pourtant je suis vraiment attaché à l'idée de "scène locale". Aujourd'hui beaucoup de gens font des choses, chacun de son côté... Je ne sais pas trop ou je me situe aujourd'hui par rapport à tout ça pour être franc. J'ai l'impression qu'il y a tellement de concerts, que ça me fait perdre l'envie d'y participer. Finalement je me retrouve à aller essentiellement voir des concerts de groupes de Lyon. Ca fait peut-être un peu blasé vu comme ça, mais il n'empêche que la plupart des groupes qui me font vraiment quiffer en concert, où dont les idées m'intéresse, sont des groupes de Lyon. A l'heure actuelle je ne me sent pas vraiment "actif" dans le "milieu punk", essentiellement par manque de temps, mais je m'occupe d'un lieu de résidence d'artiste indépendant, nommé Chantier Public, qui me tiens particulièrement à coeur. Il y a cependant un bon crew de personnes motivées, intéréssantes, productives et motivantes à Lyon.

Vous avez fait de nombreuses tournées à l‚étranger (japon, amérique du nord, europe...). Qu‚est ce que vous retirez vous de ces expérience au niveau de la vie du groupe et d‚un point de vue plus personnel? Racontez donc à tonton Greg Votre meilleur et pire moment de tournée?



JU : ben c‚est vrai que c‚est cool quand même d‚avoir pu jouer dans autant de pays différents, on en a bien conscience.. Ca nous soude aussi puisque comme dans tout les groupes certaines tensions sont inévitables mais pour mener à bien la tournée, on doit rester à l‚écoute des uns et des autres, pas penser qu‚à soi, faire attention à la manière dont on se parle ou on réagit à chaud Donc ça nous a vachement appris à Œbien‚ communiquer entre nous et toujours bien se comprendre et puis évidemment à mieux jouer aussi ! Ensuite d‚un point de vue plus perso, A chaque fois j‚en ai tiré vraiment beaucoup d‚inspiration et d‚envie sur les choses à faire à Lyon tourner me permet aussi de prendre du recul sur mon héritage français et européen et être constamment confronté à autant de différence a bouleversé mon sens des priorités sur les schémas de vie disons classiques. Ensuite je ne suis pas naïf sur la notion de Œvoyage‚, car on a dû jouer plus d‚une vingtaine de pays mais finalement ce que je peux dire sur le pays en question reste très pauvre, soumis à une interprétation personnelle influencée par plein de facteurs variables donc je joue pas mon globe trotter non plus !! Mon meilleur et mon pire moment ? C‚est pas évident j‚ai plein de flash, de moments hyper cool mais je me dégonfle pas et j‚essaie de t‚en donner qu‚un ! Donc pour moi, un des plus chouettes moments qui restera gravé dans ma mémoire c‚est le concert à Yokosuka, au Japon. Yokosuka est une espèce de base américaine où les soldats se font chier et font un peu du tourisme sexuel là-bas, ça pue tellement le colonialisme culturel que dans toutes les boutiques (en général de surplus militaire) tu as MTV et du R'n'B à fond, plein de trucs de l‚US Navy, des rednecks en uniformes qui agissent comme des beaufs avec les japonais-e-s et enfin plein de boutique où tu peux acheter des badges avec la croix gammée, des brassards nazis, des zippos avec le signe SS, le drapeau du Japon en guerre, tout ça franchement c‚était hyper gerbant quand on s‚est baladé, on était tous choqué, même les japonais avec nous Du coup, on voulait un peu en parler pendant notre concert, donner notre sensibilité d‚européen là-dessus et on a discuté pendant 20 minutes avant le concert avec Yoshi, Momo et Satomi pour être bien sûr de ne pas paraître ni moralisateurs ni prétentieux. Donc on définit plus ou moins ce qu‚on va dire, avant le dernier morceau Aurel et moi en parlons aux gens et Yoshi vient traduire ce qu‚on a dit mais il étend le sujet, parle, calmement, humblement, avec conviction et charisme devant tous ces gens qui l‚écoutaient et nous on comprenait rien mais on ressentait tout et il a parlé vraiment longtemps. Il faut savoir que ce n‚est vraiment pas courant au Japon de donner son avis sur ce genre de truc, encore moins dans les concerts car la scène est très peu connectée avec les milieux militants et franchement c‚était bluffant, ce soir là, il s‚est passé quelque chose, j‚ai eu une des plus belles illustrations du punk devant mes yeux. Un peu comme dans la vidéo Beyond The Screams avec Martin Crudos, je ne sais pas si tu l‚as vue ? Sinon, on n‚a jamais eu vraiment de gros pépins en tournée. On relativise entre nous en général et on arrive toujours à tourner ça en un truc marrant.

S : Ce que je peu dire tout d'abord, c'est que vraiment j'adore les tournées... pour plein de raisons. C'est un espace temps très particulier, où les seules choses que t'as à penser c'est à ton concert du soir et à comment rallier une ville à l'autre. C'est aussi l'occasion de passer du temps entre amis, et de faire plein de nouvelles rencontres chaque soir. C'est vrai qu'on a la chance d'avoir pu faire de chouettes tournées un peu partout, et c'est vraiment cool de se dire qu'on peu voyager autant "grace" à notre musique. Après c'est aussi une manière de voyager vraiment particulière, et c'est quelquefois frustrant de ne faire que passer dans certaines villes. De ne pas avoir le temps de visiter ou de ne passer qu'une soirée avec telle ou telle personne. En tout cas, un truc vraiment important, c'est le fait qu'on soit toujours autant excités à l'idée de partir. Le jours ou cette excitation ne sera plus là, ça sera temps d'arrêter à mon avis. Pour répondre à ta question sur les pires et meilleurs moments de tournées... commençons par le meilleur (en tout cas celui qui me vient ce soir, si j'y repense demain j'imagine que ça aura changé !). Peut-être le premier concert au Japon à Tokyo. Le fait de se retrouver là après avoir passé deux nuits blanches (une pour relier Brighton en Angleterre à Paris où on prenait l'avion, et l'autre dans l'avion), de débarquer à Tokyo, de rien calculer de ce qui se passe, de se rendre compte que la basse de Gwen arriverait par un autre avion le lendemain, de se balader dans Shinjuku, de rencontrer les Heaven in her arms et Yoshi, d'installer notre matos en se regardant nos mines fatiguées mais avec un sourire jusqu'en haut des oreilles, tellement heureux d'être là... bref. Sinon les pires souvenirs sont les soirs où les gens qui t'entourent, qui viennent au concert, ... paraissent tellement blasés ou déconnectés de tout ce qui fait la force d'un système alternatif et DIY, qu'ils te donnent juste envie de rentrer chez toi. Il y'en a pas eu tant que ça de ces concerts, heureusement...

Je ne vous vois jamais programmé dans de gros clubs ou des Smacs en France. est ce une volonté de votre part? Est ce que déclinez des invitations et pourquoi? n‚avez vous pas l‚impression de jouer toujours devant plus ou moins le même public?

JU : elle est cool cette question ! Alors oui maintenant c‚est une volonté clair mais on n‚a jamais à trop chercher à se faire connaître de ce milieu non plus. Si on y a joué quelque fois c‚était du total piston! On a joué dans quelques Smacs avant, genre la Tannerie en 2002, Le Chato do en 2005 puis la Cave à Musique en 2006 et même si ce sont de bons plans thunes, on a quand même décidé de ne plus le faire parce qu‚on s‚est aperçu qu‚on s‚y ennuyait un peu et aussi parce que c‚est pas vraiment dans ce genre d‚endroit qu‚on a envie de faire vivre le groupe. je trouve que les concerts bidouillés, organisés bénévolement par quelqu‚un-e qui va bosser le lendemain a plus de valeur contre culturelle. Et puis moi j‚ai un gros problème aussi avec les Smacs, c‚est que dès qu‚une s‚ouvre dans une ville, c‚est le bon moyen pour les mairies de faire pression sur tous les petits lieux alternatifs en ville qui font trop de bruit... genre Œon vous a construit une salle toute neuve pour votre musique actuelle alors arrêtez de saouler les gens à faire du bruit en centre ville‚. Ca craint je trouve, de moins en moins d‚intimité et de spontanéité pour de plus en plus d‚officialisation, de législations. Ca me déprime... Concernant le public, c‚est vrai qu‚on s‚est déjà posé la question... mais quémander pour aller jouer dans des grands endroits tout clean avec des groupes moisis qui veulent devenir pro, faire des press-books et des facture, avoir une fiche technique, un plan de scène, tous ces trucs nous passent tellement au dessus et nous paraissent tellement loin Dans le fond, on ne cherche pas à ce que de plus en plus de gens connaissent notre groupe, on n‚a pas envie d‚être le représentant DIY dans un circuit officiel, on cherche juste à participer à créer un solide réseau complètement indépendant de quoi que ce soit avec de vrais rapports humains basés sur la passion, la confiance et surtout l‚amateurisme! On veut juste prouver que ça existe pour de vrai et montrer qu‚on n‚est pas un groupe isolé mais bel et bien un groupe parmi tant d‚autres qui essaie de construire un réseau radicalement alternatif. C‚est hyper utopiste et naïf, je sais mais bon, je me dis aussi que les gens qui viennent aux concerts dans des rades ou dans des squats pour voir des petits groupes comme nous ne sont pas là par hasard... c‚est bien qu‚ils ou elles cherchent quelque chose de vraiment simples et sans prétention...

S : Honnêtement, les Smacs on s'en fout un peu. On a du jouer 2 ou 3 fois dans ce genre de lieux et ça n'a fait que nous conforter dans le fait que c'était définitivement trop éloigné de nos convictions à chacun. Tout est fait pour que les gens ne se parlent pas, ou aient un rapport "professionnels" entre eux... bonjour la passion du truc. Je dis pas que tous les gens qui bossent là dedans sont inintéressants, mais je sais pas... le contexte de ce genre de lieu empêche tout rapport simple entre les personnes. Apres, si on nous proposait de jouer avec un groupe qu'on kiffe vraiment tous, je pense qu'on discutera entre nous pour voir si on fait l'écart ou pas. On n'est pas vraiment invités souvent dans ce genre de lieux de toutes façon, je ne pense pas qu'on figure sur leurs tablettes. Apres, il y a effectivement l'argument de s'ouvrir à un autre public. Mmouai. On joue quand même souvent dans des endroits qui sont largement Accessibles au commun des mortels il me semble. On ne fréquente pas que les garages crasseux enfouis six pieds sous terre. Les gens un peu curieux peuvent aller à tous les concerts qu'ils veulent. Encore plus aujourd'hui ou 90% de la promo sur les concerts se fait sur internet.

Il y a quelques mois vous avez été au coeur d‚un polémique au sein de la scène „ultra underground diy punk hXc française. Au départ il s‚agissait d‚un article dans un micro zine personnel dans lequel l‚auteur se posait des questions sur (ce que j‚appellerai) l‚éventuel absence de potentiel subversif de la musique de Daïtro (??). S‚en ai suivi des échanges sur les forums etc... Ce type de polémique est récurrente dans divers style musicaux lorsque ceux ci avancent ou associent musique et des idées „alternatives‰ à diffuser. comment avez vous vécu cette polémique? Avez vous pu en discuter avec l‚auteur depuis? Que pensez vous en général de ce type de débat?

JU : ouais ben ça nous a bien fait chier ce truc, on n‚a pas capté en fait... Jeff nous a reproché de ne rien faire, d‚être un groupe de rock star vide de sens et tout donc du coup ça nous a vexé parce que les trucs qu‚on fait ici, on ne s‚en sert pas de faire-valoir pour l‚extérieur. Et puis on vient de loin mais le groupe nous a fait vivre beaucoup de choses et on a énormément appris grâce à nos erreurs, nos regrets, nos aboutissements et nos satisfactions. Donc on s‚est expliqué par mail et on s‚est rencontré, c‚était cool et Jeff s‚est „excusé‰ et a admis s‚être trompé de cible... Finalement, le côté le moins spectaculaire de l‚histoire est resté entre lui et nous... mais perso j‚admets que ça m‚a franchement vénère un bon moment. Concrètement j‚ai trouvé son texte hyper manichéen, hyper prétentieux et dogmatique et le plus grave c‚est que tous ses exemples se reposaient sur des textes de chansons de Ian McKaye, des trucs de groupes et que jamais il parlait d‚expériences vécues ou de réflexions personnelles. C‚est ça que j‚ai trouvé hyper triste et dogmatique, que son texte ne prenait pas en compte la notion d‚évolution constante et puis ça puait trop l‚épuration dans la scène, comme une bonne vieille ratonnade. J‚ai trouvé ce côté hyper grave... Finalement ça n‚a abouti à rien de concret hormis des excuses et franchement la mode de vouloir créer le débat à tout prix me gave vraiment parce que ça sert à rien tout compte fait parce que personne ne sait jamais se parler correctement. Tout le monde s‚en tape de la forme du discours alors que pour créer quelque chose de vraiment constructif c‚est primordial. C‚est pour ça que je vais plus sur internet, sur les forums, les débats manquent grave d‚humilité et n‚aboutissent jamais sur rien parce que trop de gens mélangent leur ego avec leur mode de pensée. Faudrait qu‚un peu plus de gens se détendent un coup, partir à la campagne sans internet ou partir escalader le Mont Blanc et qu‚une fois revenu bien détendu, on reparte sur des bases de dialogues un peu plus saines... Enfin sinon ouais, pour revenir à Jeff, la hache de guerre est enterrée maintenant parce qu‚il aime bien Wipers mais comme je suis rancunier je lui pardonne toujours pas héhé...

S : Oulah... une polémique qui a fait bien plus parler d'elle que ce qu'elle aurait du. Disons que en gros (pour schématiser dans les très grandes lignes), quelques phrases dans un petit fanzine perso nous prenait un peu comme exemple pour illustrer le fait que les groupes "émo" / "screamo",... sont des groupes qui profitent du DIY pour arriver à leur fin. Visiblement cette personne nous vouait une espèce de pseudo haine et nous prenait comme bouc émissaire pour dénoncer la "dépolitisation" de la scène punk à cause justement de groupes qui profitent de ce système alternatif sans jamais rien rendre en retour. C'est vrai que ça nous a un peu vexés, car depuis le début, nous essayons de faire en sorte que notre musique soit aussi une occasion d'échanges, de partage, et permette d'apporter quelque chose de constructif à travers différents engagements, une éthique,... Par contre on n'a jamais crié sur tous les toits ce qu'on faisait, nos engagements personnels,... On ne s‚est jamais revendiqués comme groupe "politique" ou "engagés", car de toutes façon nos convictions, même si elles ont une base commune, restent bien personnelles à chacun d'entre nous. A croire qu'il faut savoir médiatiser ses engagements pour être considéré comme un "vrai punk". Et vu que musicalement parlant on fait pas 3 riffs collés sur une rythmique binaire, et bien on a deux fois plus de trucs à prouver. Moi je ne suis pas super fan de débat, je suis plutôt du genre à laisser couler en attendant de rencontrer la personne en chair et en os. Certains ont eu envies de lui écrire un mot pour faire part de leurs impressions... Au final la personne en question nous a accompagné sur quelques dates l'été dernier, donc tout est bien qui fini bien comme dirai l'autre.

Venons enfin à la musique.... depuis vos débuts musicaux, comment voyez vous votre évolution musicale? qu‚est ce qu‚il l‚a fait évolué d‚après vous (disques, rencontres, contexte...)? Et vers directions souhaiteriez vous la faire avancer???

JU : comme chez tout le monde il y a certains groupes qui m‚ont provoqué un déclic, musical ou Œhumain‚ Refused, At The Drive-In, Envy, Lack, Yage, 12 Hour Turn, Lisabö ont été décisifs en tant que groupes, Amdi Petersen Armé à l‚Akademie de la Kontr Kultur, le Pez Ner, la Scierie, l‚Insoleuse, le premier Grrrnd Zero sont des lieux qui m‚ont fait comprendre des choses et apporterd‚autres perspectives Ce qui m‚a vraiment marqué au début, c‚était d‚aller voir le mec du groupe et de lui dire en face que j‚avais trouvé son concert mortel. Ensuite ce qui m‚a vraiment fait évoluer c‚est d‚avoir connu tout ça dans une ville comme Lyon où il y a toujours eu plein de concerts et de bons groupes dans plein de styles, quelques lieux vraiment mortels et plein de gens en contact avec d‚autres qui ont contribué à une certaine ébullition. Avec le recul c‚est une vraie chance d‚avoir connu ça dans ces conditions! Ensuite la question de l‚évolution musicale m‚obsède en ce moment puisqu‚on est en train d‚écrire un nouvel album. On ne définit pas trop la manière dont on doit évoluer, on essaie toujours de pousser un peu plus loin ce qu‚on a fait dans les morceaux d‚avant, d‚être plus fin dans les mélodies, dans la gestion des intensités, du son, de moins compter sur un mur de guitares distordues Mes disques références dans le style, mes références ultimes sont Anders Leben de Yage, Perfect Progress Perfect Destruction de 12 Hour Turn et Ezlekuak de Lisabö... Donc si un jour on pouvait faire un mix de ces 3 disques alors j‚aurais la sensation d‚avoir atteint mon but haha !!!

S : C'est toujours difficile d'avoir un regard critique comme ça sur ce qu'on fait, car c'est un truc qu'on fait avancer un peu au jours le jours. Pour l'instant, je suis assez content de ce qu'on a fait, car j'ai l'impression que chaque disque reflète bien la période à laquelle on l'a écrit. J'ai l'impression que nous avançons palier par palier en s'imposant à chaque fois d'avancer d'un cran, autant techniquement que dans la composition des morceaux. Pour la suite on prend pas de directions radicalement différentes, on continue notre truc quoi. C'est dur de dire plus avec des mots sans que ce soit chiant je pense.

vous semblez finalement très attaché au "local" alors que depuis vos débuts le nom du groupe est connu à "l'international" à travers un réseau punk/hc diy assez vivace. comment expliquez vous le fait que vous soyez plus "connu" voir reconnu dans le reste du monde underground...que français par exemple ??

JU : Etre attaché à un truc local ne se limite pas à faire 10 concerts par an dans ta ville, je pense que c'est plus important d'organiser des concerts ou de participer faire vivre des lieux ou des initiatives ponctuelles... c'est plutôt comme Ÿa que notre attachement à Lyon se manifeste et dans le fond j'en tire plus grande satisfaction.

S : Restons quand même relatifs, on existe dans un tout petit réseau, donc je ne sais pas bien ce que ça veut dire être "connu". Ceci dit, il me semble que lors des derniers concerts en France il y avait relativement pas mal de monde et j'ai la sensation que beaucoup de gens nous connaissent ici mine de rien. Après, tu sais les gens en France, aiment bien de manière globale se dire qu'un groupe Français sera toujours moins bien qu'un groupe d'ailleurs. C'est un truc très lié à la culture Française, et qui se retrouve à peu près dans tous les domaines, y compris dans les milieux alternatifs. En tout cas, on a de chouettes rapports avec pas mal de personnes, groupes ou activistes dans la scène française, et c'est bien le principal. C'est toujours cool de jouer en France pour ça, d'arriver dans un endroit et de voir des gens que t'as pas eu l'occasion de croiser depuis un bon moment.

Merci les garçons pour votre patience et votre intérêt pour ces petites questions. Pour conclure vos playlists du moment (musique, ciné, lectures, expo, etc) :

JU : je me refais une grosse boulimie de Sonic Youth en ce moment, Sister, Goo et Kill Your Idols en tête... J'ai toujours été un grand fan de ce groupe depuis toujours mais en ce moment, au travers de leur discographie, ils-elle comblent toutes mes envies alors je décroche pas... The Head On The Door et Faith de Cure aussi, In Utero et Bleach de Nirvana, Evil Empire de Rage Against The Machine, Bug et You're living all Over me de Dinosaur JR... Pas mal de Buzzcocks aussi... Dans les trucs un peu moins mainstream, j'écoute pas mal de Daniel Striped Tiger, Drive Like Jehu (le premier), le LP de Dead Elephant que Franck à sorti sur Gaffer, les 2 derniers LPs de Lack. En bouquins ? Je lis pas beaucoup en règle général... mais je zone pas mal des bouquins sur la Factory et Peter Saville que Higues m'a prêté et un nouveau bouquin sur Sonic Youth 'psychic confusion' qui est vraiment cool... Ciné ? Les derniers films qui m'ont bien scotchés sont Into The Wild et There Will Be Blood... excellents ! J'ai été un peu déçu par le remake de Funny Games... enfin, je l'ai trouvé pas mal mais pas non plus à se rouler par terre... Sinon, merci pour l'interview Greg, c'était bien cool de répondre à tes questions. Mention spéciale pour ne pas avoir posé la question inévitable et traditionnelle 'qu'est-ce que le DIY représente pour vous?'... héhé

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